12.2.09

Do You Remember The First Time?

Se réveiller et se rendre compte que dehors c'est la tempête de neige.

Arriver à la fac, assister à son premier cours de Music Industry. Comité réduit. Parler de Joy Division, de Tony Wilson, de Manchester, de la new wave. De mes films préférés. Visionner le trailer de 24 Hour Party People. Ecouter de la musique, analyser des situations, des clips, des artistes. Comprendre le pourquoi du comment. Réfléchir. Discuter encore. Partager nos expériences. Ne pas s'endormir en cours, avoir l'oeil brillant et un sourire bête. Pendant trois heures d'affilée. Avoir un pincement au coeur quand le cours se termine. En avance. Trouver cela inadmissible.

Puis retrouver le chanteur d'un petit groupe local autour d'un verre. Faire partie de son équipe de promo, proposer des idées, contribuer au projet final qui sera la sortie d'un album. Parler de musique pendant des heures.

Regarder par la fenêtre et s'apercevoir qu'il fait nuit. Rentrer chez soi sous la neige. Ecouter de la musique. Encore.

7.12.08

Do not suffocate

Never thought that the past

Would catch me up

And that it would fall on you

I don’t want you to go through all that

If only I could cheer you up

And spend some time with you

I wish I could come back

Tear out that insanity

To show you the light

But I’ve acted like a twat

With my stupid will of liberty

I just want you to know that I care for you

3.12.08

Le groupe au nom le plus imprononçable, aka DANANANANAYKROYD . Entraînez-vous cependant, dans quelques mois il sera sur vos lèvres aussi. On parie?

The End Bar, Newcastle. Effectivement. Il nous faut traverser la ville et le quartier gay pour accéder à ce local reculé. Espérons que le jeu en vaudra la chandelle, pour des billets réservés sur le net presque un mois à l’avance. Un public masculin et exclusivement anglais, bon début et ambiance intimiste par l’étroitesse du bar.

Dananananaykroyd. Groupe d’aspect hétéroclite, un chanteur malingre au look Hadouken-ien, une bassiste plutôt popeuse 70s et le reste du groupe oscillant entre rockeur, mod et grunge, on ne sait à quoi s’attendre de ces inconnus qui arpentent la scène, confiants et détendus. Le public se tait, respectueux mais impatient. C’en est presque irréel, comme le sentiment d’être sur le point d’assister à quelque chose d’exclusif.

Dès la première chanson, Pink Sabbath -perle que je qualifierais de pop-punk expérimentale- un véritable courant électrique traverse la salle. Le chanteur nous demande de nous approcher. La scène est si basse, c’en est intimidant, personne ne bouge. Quelques blagues, et le public se décide d’avancer de 20cm. Style indéfinissable, pop hardcore peut être ? Genre Pavement rencontre At The Drive In pendant un concert de Sonic Youth. Mais en fait, pourquoi chercher à enfermer les artistes dans des catégories ? Je sais c’est une stupide habitude et ça ne veut strictement rien dire, je vous l’accorde. Revenons à nos envoûtants. Les chansons s’enchainent, le chanteur se déchaine. La scène est vraiment petite, trop petite pour une telle énergie. Ses seuls moments de répit : quand il se met à la (deuxième) batterie judicieusement tournée dos au public pour un retour bondissant plus rapide sur le devant le la scène. Confiance exacerbée, ça ne les rend que plus crédibles. Les musiciens font des allers-retours dans le public. Tout va très vite, on ne sait où donner de la tête. Puis on nous sépare en deux, créant un fossé au milieu de la salle, nous faisons maintenant face à une moitié de public. 1, 2, 3, on est censés se sauter dessus, le but étant d’approcher la personne d’en face pour lui donner un hug (=montrer son affection à son prochain en le serrant dans les bras) qui finit en joyeux brouhaha mêlant pelotage, coups et changement de voisin. On enchaîne avec une polka type Red Nex, peu pratique dans une si petite salle. Il fait chaud, d’ailleurs le chanteur est maintenant torse nu, dégoulinant. C’est à ce moment là qu’il choisit de revenir dans le public pour une nouvelle session de hugs, baptisant ainsi mes vêtements et mon visage de sa sueur. Le corps humain et ses 65% d’eau prennent enfin un sens à mes yeux après des années d'incompréhension en cours de bio! Une dernière chanson, et c’est fini. Déjà. Jusqu'à ce qu'ils deviennent le meilleur groupe indé, disons, cru 2009!?

26.9.08




Ca y est, je suis à la maison. Newcastle m’a adoptée, ou bien j’ai adopté Newcastle, ça dépend de quel côté on voit la chose (tout comme Chuck Norris prend l’ascenseur…à moins que ce soit l’asecensur qui ne prenne Chuck Norris.. ?) Bref, une jolie ville dynamique, un appart avec des colocs venus d’horizons différents, une fac où je vais faire un truc qui me plaît, et enfin un job qui promet le meilleur. Que demander de plus pour se sentir à l’aise en moins d’une semaine dans un pays qui n’est pas le sien ?

Mes collègues. A part les quelques Geordies avec lesquels il me paraît difficile de plaisanter vu leur language à peu près incompréhensible, c’est une bonne ambiance qui règle à la Cooperage (the Coop pour les intimes). De la bonne musique en fond, toujours. Une odeur de bière (mélangée à d’autres parfums) qui flotte. Des poutres en bois vieilles de 7 siècles. Un staff piercé, tatoué, stylé, mais aussi ouvert, sympatique et chaleureux malgré les a prioris stupides que l’on peut avoir sur le peuple anglais. Au bout de 2 jours je suis déjà protégée et intégrée.

Il y a Andy, l’urban sosie de Moby qui organise des soirées electro, fait la promo des soirées de la Coop et dessine des flyers, qui a 2 ans de moins que moi mais a du recevoir comme ordres d’agir comme mon père. Il y a Sean, le petit dynamique qui te donne un big smile même s’il te met un flyer de force dans les mains alors que tu es en train de manger ton bagel avec les mains chargées de sacs et qu’une petite pluie perverse est en train de te tomber sur la gueule. Il y a aussi Anthony, qui monte les soirées indie et m’a proposé de l’aider à trouver des groupes et organiser des indie nights. Et puis les serveuses, avec qui je partage le taxi pour éviter le viol nocturne dans les ruelles étroites. Sans parler du boss, qui a ses jours certes, mais qui reste hypra cool et arrangeant. Que demande le peuple ??

12.4.08

Un faucon et une scie à métaux

J’arrive au Yorkshire House, je pousse la porte, le premier visage que je vois est celui de Jeremy Barnes, le dieu de la soirée. J’en ai la confirmation en voyant Heather, la violoniste, aller lui parler. J’ai le sourire aux lèvres.

Richard, l’organisateur, me salue en entrant. Il a du maquillage vert et des paillettes. La salle est déjà à moitié pleine. Moyenne d’âge, 30 ans. Ca change. Première partie (The Balkanics Band) qui donne envie de danser, l’ambiance est à la fête.
Deuxième groupe à oublier. Pas mal en soi, mais le public n’était pas là pour un suicide collectif, non, pas ce soir. Dommage. Ca serait passé nickel en première partie de Nick Drake…

Puis, a Hawk and a Hacksaw… ENFIN !!! Une bonne heure d’accordéon, de violon, de chants, de bruitages, de trompette… Une salle qui danse, qui crie, qui fait la ronde ! J’aime. Jeremy descend de scène et joue du tambour au milieu du public. La tension monte d’un cran, le public et survolté. Il faudra un bon moment avant d’entendre The moon under water, mais c’est l’apothéose en entendant les premières notes d’accordéon. La foule forme une ronde et s’essaie à des danses folkloriques bulgares.
Le groupe a une telle fougue que la salle est comme transportée sur un bateau à toute allure. Drôle d’impression, mais ça fait du bien quand même dans nos petits cœurs. J'aurais voulu voir Neutral Milk Hotel aussi.

Le concert se termine, des contacts se créent dans la salle qui se vide peu à peu. Des photographes, l’organisateur qui, après une dizaine de mails échangés, prend enfin l’apparence d’un être humain, une slovaque qui fait le tour d’Europe en vélo, mon ami Norvégien qui part, Johannes cherche des gens avec qui partager un taxi, une française qui vit au Pays de Galles.
Jeremy Barnes passe devant moi, trop intimidée je ne parviens qu’à balbutier quelques félicitations, il hoche la tête, part. Heather me sourit. Je m’endors.

7.4.08


En France on dit « Caprice des Dieux... le paradis sur terre ». Pfff… foutaises !!! S’ils savaient… Mon coin de paradis, moi, je l’ai trouvé. Il se situe sur une île. Plus précisément sur une île plus réputée pour sa malbouffe, sa grisaille et sa pluie perpétuelle. Là encore j’ai envie de crier « injustiiiiice » ! Les gens ne savent pas de quoi ils parlent, ou plutôt ils jugent sans même y mettre les pieds. Qu’ils les laissent et les traînent chez eux, on fait sans ici. Ici, c’est bien sûr la Grande Bretagne. La Grande Bretagne qui m’a ouvert ses bras il y a quelques mois et dans lesquels je me love depuis. Trop à dire sur ce pays, je vais pour cette fois m’en tenir à un trait caractéristique de la GB, qui n’est ni l’humour noir, ni l’amour pour le thé, mais tout simplement la beauté intérieure du peuple british…

Les Britons… que dire ? Un peuple tolérant, ouvert, qui ne juge pas, les gossips sont réservés aux stars, pas aux mortels comme toi et moi. Ouais, c’est ça en fait qui me manquait. Un endroit où les gens sont tolérants. Ou tu peux avoir des idées, des goûts, des préférences, un style, sans avoir peur de la réaction de l’autre. Où avoir les cheveux bleus et travailler dans un bureau est possible. Où être goth ou punk ne fait pas de toi un rebut de la société. Où tu peux sortir acheter du pain en pyjama sans que les gens se retournent sur ton passage. Tout simplement, les Anglais s’en foutent ! Si la liberté d’expression avait une nationalité, nul doute qu’elle serait Anglaise.

Si tu es une fille, essaie de compter le nombre de fois ou tu t’es fait siffler à Guillotière alors que tu étais en JOGGING ! Ici, je sors à minuit en mini jupe, short, talons… sans avoir jamais reçu une seule remarque. Les vraies anglaises, elles, préfèreront sortir à moitié nues (parce que le vestiaire coûte trop cher, me dit-on…), avec tout l’attirail (maquillées comme des voitures volées, talons aiguilles, pompons, paillettes à outrance) qui serait jugé obscène dans notre vieille Gaulle. A côté, la Française de base semble équipée pour une semaine de ski à Tignes. Mais les Anglais sont éduqués. Sifflements et gestes déplacés, ça n’existe pas. C’est à peine s’ils regardent. Etre regardées comme un bout de viande, les Anglaises, elles ne connaissent pas. Au contraire, ce sont elles qui chassent.


Les idées en bataille

J’en peux plus. J’écoute ça en boucle jour et nuit. C’est tout simplement formidable. J’ai entendu ce groupe pour la première fois dans des clubs indie à Londres, sans savoir ce que c’était. C'est hype là bas. Ou bien je ne suis qu'une bouseuse Lancasterienne facilement impressionnée par quelques riffs ajoutés à des bip-bip dissonants. Le côté geek de la chose m’a plu, je m’imaginais le genre de forcenés en chemises à carreaux et lunettes à grosse monture. Quelques jours plus tard j’étais à HMV avec un pote qui me montre un CD « Tu connais Battles ? » « Non » « C’est un groupe math rock, ils sont bons ». Math rock, genre Don Caballero ? Ok, j’essaierai, généralement c’est du bon. Je rentre chez moi, j’allume mon ordi, direction Youtube. Et j’y reste scotchée pour le reste de la journée. Pas le rock math que je connaissais. Encore mieux. Encore plus puissant, plus électro, plus grunge, plus vibrant. Un vrai air de nerds comme prévu, mais je kiffe. Ces gars là sont vraiment bons. Des morceaux de 6 minutes, une structure rythmique atypique, qui ne cesse de changer et un batteur qui assure pour pouvoir garder le tempo tout le long et tenir le reste du groupe jusqu’au bout. Complexe à en perdre la tête. Presque pas de chant, et quand il est utilisé c’est plus à des fins expérimentales, ce n’est plus qu’un son modifié, distordu, légèrement crados. Bref, Battles c’est tellement dissonant que c’en devient mélodieux.
Par ici pour découvrir : http://fr.youtube.com/watch?v=IpGp-22t0lU
Et pour ceux qui s'attacheraient un peu plus à cette musique de malades mentaux, un petit live en cadeau... http://fr.youtube.com/watch?v=3PbYLafK1OU