Nous arrivons devant la fameuse "black gate" indiquée par notre ami vigile. Une armée d'adolescentes en microshorts est déjà agrippée à la barrière. Nous tentons une approche. Les petites sont émues de voir des françaises, des vraies. Une discussion est entamée. C'est par onomatopées et expressions figées que nous communiquons. La discussion tombe bientôt à plat, leur vocabulaire se limitant à "je parle le français" et "ma tante habite à Paris". Les matières synthétiques recouvrant à peine leur corps ne suffisent pas face au froid mancunien, et les voilà les lèvres bleues, la larme au coin de l'oeil, se voyant forcées de rentrer chez elle (l'heure du coucher étant déjà passée). En fans averties, nous prenons place derrière les barrières, guettant la porte de secours.
Il fait froid. Mais l'excitation nous fait oublier. Nous continuons de guetter, des fans continuent de partir, probablement à moitié frigorifiés. Je crois voir Pete toutes les 30 secondes, la pénombre et le look décidément british de tout Manchester n'aidant pas mon cerveau gelé et conditionné par le concert que je viens de voir. Des pouffes arrivent. L'une d'entre elles ressemble étrangement à Courtney Love. Elle connait Pete, l'appelle. L'autre est la copine de Mick. Elles attendent au même endroit que nous, cela nous remet du baume au coeur. Mais le froid continue de pétrifier nos membres. Nous hurlons "on veut chien bleuuuuu" pour nous tenir chaud. Nous inventons un cri de ralliement en canon ("chien bleu-blanc-rouge") pour nous tenir chaud. Des "Youuu taalk" aigus et intempestis sortent de ma bouche. Nous ne somme plus que nous 4, et puis aussi un photographe, et une fan je crois. Peut être une autre. Pas fait attention. D'autres priorités. L'impatience est bien là. Le froid aussi. Des tremblement. Impossible de dire si c'est le froid ou l'excitation. Au bout d'une heure 30, enfin, j'entends Alizé murmurer "IL est là".
Trop sonnée, je lui fais répéter. Je tourne la tête et je vois Pete, tel un géant, s'avancer vers les grilles. Alizé réussit en moins de 2 minutesà l'aborder, lui sortir un livre, lui traduire son passage préféré de Verlaine qu'il aura encadré, à obtenir une dédicace sur ce même livre (après moultes supplications car Pete n'osait "J'aime Verlaine, je peux pas"), à lui prêter son stylo (qu'il aura mis 3 fois dans sa bouche et qui se vendrait donc à prix d'or sur ebay..), à obtenir un baise main ainsi qu'un "french dog" dessiné sur sa main. Moins douée qu'elle, je réussis à interpeller ce grand monsieur impressionnant, et à obtenir un autographe personnalisé (ça prouve qu'il écoute ce qu'on lui dit) où en plus il m'appelle Blessed Angel. Toute émue, je m'empresse de mettre le précieux papier au fond de mon sac, de dégainer mon appareil photo, et de mitrailler, mais à travers les grilles, c'est dificile, je me sens telle Elvis dans son Jailhouse Rock... La pouffe-Courtney demande à Pete de la faire rentrer par le petit portillon. Je la suis... Elle dit à son autre copine pouffe "oh bah non, si tout le monde nous suit ça va pas, c'est que nous!! Et elle le redit à Pete. Mais Pete est un rebelle voyons, il ne l'écoute pas. Au lieu de ça, c'est lui qui sort carrément en plein milieu de la rue pour venir avec nous!!
Nous sommes maintenant dans le même monde, plus rien ne nous sépare. C'est drôle, c'est si éphémère. Ca tient à peu de choses. Je n'ose pas aller lui parler, de peur de le faire fuir. Mais rester là avec de grands yeux ébahis ne sert à rien. Le froid n'existe plus. Nous prenons notre courage à deux (enfin 6) mains et lui demandons une photo, chose qu'il accepte tout gentiment. Chacun(e) notre tour nous allons lui dire un petit mot, rien n'est organisé, c'est une relation humaine qu'il partage avec nous, rien de plus. Sa disponibilité m'étonne, m'impressionne même. Le pauvre homme a certes joué sobre, mais il s'est bien rattrappé ensuite. Il titube, n'a pas l'air bien. Il a un air un peun triste qui me fait de la peine. C'est comme voir la souffrance qu'il étale dans ses chansons, mais sur son visage. La photo de groupe ne me suffit pas. Je trouve le moyen d'aller l'embêter une fois de plus, lui demande une dernière photo en lui promettant de lui foutre la paix après ça. Toujours aussi patient, il rigole et me acquiesce, me prend dans ses bras. Laisse prendre des photos à loisir. Il me serre dans ses bras, j'ai un sourire bête qui se colle sur mon visage. Il soupire, me serre un peu plus fort et laisse tomber sa tête sur la mienne. La situation est étrange, je n'arrête pas de le remercier, il me sourit, je m'embrouille, je lui dis quelque chose à propos du premier album, il acquiesce, il me dit qu'il est content. Je recule, comme pour lui laisser le choix de partir (chose promise chose dûe). Il nous fait un signe de la main et repart en arrière. Je retourne vers mes compagnes de bonne aventure. On se dit qu'on peut bien mourir de pneumonie le lendemain, c'est pas grave. On crie. Je tremble de tous mes membres. C'est nerveux. On regagne la gare, crier encore, prendre le premier train du matin, rire encore, rêver, se souvenir.

3 commentaires:
Oui, c'est exactement cela.
Merci Angie.
Pour avoir mis ce status Facebookien en guise d'invite à t'accompagner voir Pete. Pour m'avoir tentée. Avoir été ma compatriote citronnée à ce nouveau show. Compatriote de survie durant l'interminable attente. Avoir partagé ensemble ces étoiles dans les yeux, dans la tête et dans le ventre. M'avoir fait revivre ces moments de bonheur à l'instant, en trois minutes, grâce à cette très belle description d'un moment indescriptible.
Décidément, la blog mania est omniprésente ! et l'art de bien écrire aussi!
Très belle revue, vraiment ! Je me suis vraiment imaginée la bas et j'imagine bien ce qui a pu se passer dans ton toi intérieur durant cette soirée ! j'ai eu la chair de poule en même temps que toi quand je te lisais !
Gros bisous chéwie et à trs bientot alors :D
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